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 Mauvais réflexes d'une société qui a peur, par Michel Rocard

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KTy



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MessageSujet: Mauvais réflexes d'une société qui a peur, par Michel Rocard   Mer 29 Mar à 23:26

Un homme de gauche que j'admire...

Mauvais réflexes d'une société qui a peur, par Michel Rocard
LE MONDE | 29.03.06 | 14h21 • Mis à jour le 29.03.06 | 14h21
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-755756,0.html


La France accumule en ce moment les balbutiements et les coups ratés. Entre la tentative hâtivement bricolée de fusion entre GDF et Suez, le rejet populaire massif du contrat première embauche (CPE) et la condamnation sans appel de la directive sur les services dite Bolkestein (même après les modifications radicales qui lui enlèvent presque tout rapport avec le projet initial). Qu'y a-t-il donc de commun ? Tout cela exprime en fait le même refus de l'insécurité. Nous vivons dans une société qui a peur.

Par un réflexe fort ancien et bien connu, tout objet de crainte devient symbolique. Or avec les symboles on ne transige pas, on les rejette ou on les adopte, et cela se passe généralement en force. La démocratie au contraire est par nature la recherche du compromis. Or on ne peut passer compromis que sur des intérêts, à condition justement de les dégager de toute approche affective ou symbolique. L'impression s'impose que la société française est devenue incapable de compromis. Les tentatives de réformes ratent, les réformes annoncées sont tuées par le fait même de l'annonce. C'est la paralysie assurée. Dans toute bataille politique limitée à des enjeux symboliques, la réalité des intérêts n'est plus un argument et l'on ne peut que chercher à se raccrocher à des terrains connus, à des certitudes repérées. Dans ces conditions, le cadre national, parce qu'on le connaît bien, parce qu'on y est habitués, redevient le dernier refuge de nos certitudes menacées. Ainsi s'explique, un peu partout en Europe, mais notamment en France, l'étonnante et quelque peu inquiétante réémergence du patriotisme économique.

Le patriotisme n'a en principe à voir qu'avec l'essentiel : la liberté, la langue, la façon de prier, lorsqu'elles sont menacées. C'est l'user que d'en appeler à lui pour des affaires contingentes. Les OPA récentes de Mittal sur Arcelor ou d'Enel sur Suez ne devraient être jugées que sur leur opportunité industrielle. Dans le premier cas, le rapprochement des deux sidérurgistes apparaît peu souhaitable, et l'appel au patriotisme économique n'apporte rien de plus ; dans le second cas, le choix d'une fusion entre Suez et GDF pour contrer l'OPA du groupe italien va carrément à l'encontre des intérêts français, et le patriotisme est invoqué à mauvais escient. A la limite, un peu de patriotisme économique européen ne serait pas malsain devant l'extrême intensité des patriotismes économiques américain, chinois, indien ou japonais. Mais cela supposerait que l'espoir européen ait pris dans l'esprit public français une dimension beaucoup plus forte que celle, quasi inexistante, qu'on lui découvre aujourd'hui.

La bataille du CPE a des conséquences de nature analogue. A vouloir régler en France le problème de la précarité contemporaine du travail, on s'interdit de la combattre là ou il le faudrait, c'est-à-dire au niveau mondial et en usant de l'énorme puissance potentielle de l'Europe. Cette précarité du travail, elle est à l'évidence le fruit de la mutation profonde qu'a subi le capitalisme depuis trente ans. Intervention massive des actionnaires regroupés dans les fonds d'investissement, exigence de rendements boursiers démesurés, sous-traitance généralisée permettant d'exploiter plus brutalement la main-d'oeuvre, frénésie d'arracher de nouvelles zones de profits aussi bien aux services publics qu'à la protection sociale, telles sont les caractéristiques mondiales du capitalisme contemporain, qu'il faut appeler actionnarial. Elles font du droit du travail une peau de chagrin, du travail une marchandise dont il faut abaisser le coût et des travailleurs des objets interchangeables dont le besoin de sécurité n'est qu'un empêchement à faire du profit.

Tel est l'étau dont il faut se dégager. Mais ce jeu pervers est mondial. Vouloir s'en dégager par l'isolement national, c'est à coup sûr ne plus pouvoir exporter, s'attirer la défiance des marchés financiers, voir sa propre croissance locale ralentie et son chômage augmenter. Personne ne peut se le permettre, la France pas plus que les autres. La seule bataille qui ait du sens c'est de modifier la régulation du système. Limiter les paradis fiscaux, contrôler strictement les OPA, donner plus grand poids aux salariés et aux syndicats dans les décisions des entreprises, limiter par la taxation le champ de la spéculation, relancer la croissance par un endettement sage et limité puisque l'Europe n'a pas de dettes, telles sont quelques pistes qu'il est urgent d'explorer.

Les solutions qu'elles appellent sont toutes mondiales. Il y a des tabous à briser, des convictions intellectuelles à imposer et des intérêts à vaincre. La persuasion n'y suffira certainement pas. Il y faut la puissance économique et financière. Seule l'Europe la possède, potentiellement. Mais pour qu'elle en joue, l'appui de l'opinion est nécessaire. Il faut que l'Europe puisse mettre davantage de force dans ses mécanismes de décision, ce qui nous renvoie au problème de la Constitution, et qu'enfin nos nations se résolvent à mettre en oeuvre ensemble une stratégie délibérément européenne. Je ne pense pas qu'il y ait de stratégie alternative efficace.

Faute d'engager cette bataille, l'étau qui nous enserre augmentera sa pression. Les emplois, les contrats et nos équilibres financiers deviendront encore plus précaires qu'ils ne le sont maintenant. Le règne de la société de la peur s'aggravera. C'est pour l'avenir l'assurance d'une paralysie croissante devant des défis de plus en plus considérables.

L'élément le plus nouveau, dans cette conjoncture, c'est que les électeurs ne veulent plus de cette situation. Déjà l'élection présidentielle de 2002 en France l'avait laissé comprendre. Les rejets du projet constitutionnel européen en France et aux Pays-Bas ont eu à l'évidence le même sens. Et nul ne sait ce qui se serait passé si le recours au référendum avait eu lieu également en Allemagne. Il nous vient aussi d'Italie et de Suède de dangereuses informations sur la montée de l'hostilité à l'Europe. Je ne vois pas comment ces tendances se modifieraient si la politique économique globale reste la même. Et si d'aventure l'instabilité financière latente que recèlent la balance des paiements et la dette américaine se faisait sentir plus nettement, il me paraît clair que les réflexes de nos nations et de nos gouvernements, dans la situation actuelle, iraient au repli et au protectionnisme national. Cette voie est inefficace et sans issue.

Le sauvetage de l'Europe et celui de nos emplois et de notre cohésion sociale sont un seul et même combat. Il est urgent de le comprendre et de le livrer. Faute de quoi, la société de la peur aura eu raison de toutes nos espérances depuis un demi-siècle, et de notre destin.
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Laurent_AL



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MessageSujet: Re: Mauvais réflexes d'une société qui a peur, par Michel Rocard   Jeu 30 Mar à 0:10

Intéressant.

J'irai pas jusqu'à dire que j'admire ce bonhomme (son bouquin sur Mitterand m'a paru complétement hors de propos et malvenu ; régler ses comptes avec un mort ça sert à pas grand chose sinon se salir soi-même).

Cela dit je retiendrai :

1/ Le symbolisme binaire vs la démocratie du dialogue. On me rétorquera que Villpin a fait le con le premier et c'est vrai. Il me parait pourant urgent de laisser son orgueil au vestiaire et de chercher à résoudre cette affaire autrement qu'en rêvant d'une révolution, ou d'une hypothétique grêve générale.

2/ Le réalisme économique (et cela ne veut pas dire que l'homme est assujetti au pouvoir du capital ; juste que pour le changer, il faut commencer par le comprendre) nous conduit naturellement à construire une Europe forte et unie. Et l'année dernière ne fut pas une gloire de ce point de vue là. Je ne rejette la faute sur personne, ou plutôt sur tout le monde (moi y compris) ; les dirigeants pour n'avoir pas su expliquer correctement ce texte et lui avoir donné un autre caractère en le portant au référendum, mais aussi les tenants du Non pour avoir surfé sur les peurs (légitimes) des gens. Mais on s'éloigne du CPE là ....

Concertons nous, Construisons nous, pour mieux influencer le "modèle social" mondial.

Bon je suis allé complétement à côté du CPE mais ça me tenait à coeur, pis on est dans la rubrique Divers !

Laurent, même pas peur
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Capitaliste_en_herbe

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MessageSujet: Re: Mauvais réflexes d'une société qui a peur, par Michel Rocard   Jeu 30 Mar à 1:31

Citation :
Intervention massive des actionnaires regroupés dans les fonds d'investissement, exigence de rendements boursiers démesurés, sous-traitance généralisée permettant d'exploiter plus brutalement la main-d'oeuvre, frénésie d'arracher de nouvelles zones de profits aussi bien aux services publics qu'à la protection sociale, telles sont les caractéristiques mondiales du capitalisme contemporain, qu'il faut appeler actionnarial. Elles font du droit du travail une peau de chagrin, du travail une marchandise dont il faut abaisser le coût et des travailleurs des objets interchangeables dont le besoin de sécurité n'est qu'un empêchement à faire du profit. Tel est l'étau dont il faut se dégager.

Le CPE/CNE va complètement dans le sens de ce que Michel Rocard dit vouloir contrer. Je suis tout à fait d'accord là-dessus, ce qui ne semblait pas être ton cas KTy et les quelques autres. Admire-tu cet homme de gauche en lisant en diagonale ce qu'il dit, ne retenant que sa critique sur ces derniers évènements ? C'est l'impression que tu me donnes.

Sa solution pour se "dégager de l'étau du capitalisme actionnarial" (un individu lambda aurai dit cela qu'on l'aurai qualifié de dangereux communiste) est au niveau Européen (puis mondial), et non juste au niveau de la France. Je trouve ces paroles tout à fait censées. En revanche je ne les trouve pas très réaliste, ceci est mon opinion tout à fait personnel. En France le Gouvernement favorise ce que M. Rocard veut éviter. Nous avons du mal à faire changer d'optique le Gouvernement, ou plutôt c'est à contre courant de l'objectif du gouvernement actuel, alors comment voudrait-il qu'on fasse changer toute l'Europe ? Les pays principaux d'Europes sont eux aussi en ce moment en train de favoriser encore une fois ce que Rocard critique, la différence avec la France c'est qu'ils ont moins de difficultées. Participer pleinement à l'Europe signifie suivre ce mouvement tant que la volonté de changement de Rocard ne devient pas majoritaire, ce qui n'est pas gagné, il faudrait inverser la tendance. En fait c'est, il me semble, qu'il est bien plus optimiste que moi, et vois un avis contestataire proche "du siens" au Pays-Bas et Allemagne, par leur refus ou réticence à la constitution Européenne, ainsi qu'en Espagne, Italie et Suède pour leurs doutes sur l'Europe.

Citation :
[...] donner plus grand poids aux salariés et aux syndicats dans les décisions des entreprises [...] telles sont quelques pistes qu'il est urgent d'explorer.
KTy, petite boutade, tu l'admires aussi pour ça ? Laughing
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KTy



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MessageSujet: Re: Mauvais réflexes d'une société qui a peur, par Michel Rocard   Jeu 30 Mar à 10:18

Tu juges vite, mais je ne t'en veux qu'à moitié. Car je suis cooooool.

A mon sens, ce qu'écrit Rocard est l'unique solution pour sortir l'Europe (et pas la France toute seule) de la spirale infernale. Mais ce n'est pas en ayant voté NON à la constitution que l'on a facilité les choses. C'est pourquoi je suis *vraiment* pessimiste sur l'avenir de l'Europe politique et économique et encore plus sur l'état économique et social de la France pour les années qui viennent. Rocard est un observateur d'une grande valeur à mes yeux.

Pour revenir sur ta boutade qui va bien au-delà de l'humour car elle est représentative de ce que beaucoup de gens "de droite" sont censés penser;
Les syndicats sont absolument nécessaire au bon équilibre social ET économique d'une entreprise, mais aussi d'un pays. CEPENDANT, qui dit syndicat, dit dialogue, et ce n'est pas avec la CGT, FO, SUD, FSU,... etc que l'on arrivera à quoi que ce soit de bon et d'intelligent, n'ayons pas peur des mots. Un bon exemple de mutation d'un syndicalisme révolutionnaire (pathétique et sans avenir) à un syndicalisme de dialogue et de concensus est la CFDT. Meme si sur le coup du CPE, les enjeux personnels et politiques ont pris le dessus de tous les syndicats. Je vous rappelle à cet effet que les congrès de la CGT et de la CFDT se tiennent d'ici 1 et 2 mois, respectivement. Thibaut et Chérèque briguant chacun un nouveau mandat. A ce propos, parler de coup politique pour Sarko et Villepin, c'est encore plus vrai pour les centrales syndicales se sachant condamnées qui étaient jusque là de plus en plus essouflées. Mais ça, on en parle pas souvent.

Pour finir, quoi que vous en pensiez, la politique économique et sociale d'un pays relèvent bien d'une élite ayant les capacités et l'expérience d'observateur d'une vision du monde globale. Quelque soit le nombre de gens dans la rue contre telle ou telle mesure, ce n'est pas à la masse de décider, car par définition elle ne sait pas. Cependant, son action est légitime et constitutionnelle, dans le cas de la bataille pour l'emploi, ce qu'elle montre, c'est qu'elle a été mal informé et qu'elle demande à ce qu'on l'éduque. Il faut écouter la rue, il faut lui expliquer puis il faut prendre la responsabilité d'une décision. C'est ça la démocratie.
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Capitaliste_en_herbe

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MessageSujet: Re: Mauvais réflexes d'une société qui a peur, par Michel Rocard   Jeu 30 Mar à 19:31

Je ne considère pas juger plus vite que toi, sans me jetter des fleurs.

Il ne fallait pas attendre le NON à la Constitution pour être pessimiste sur l'avenir de l'Europe, ne serait-ce que pour l'aspect "politique" qui ne botte pas franchement la majorité des pays.

Sortir la France de la "spirale infernale" par l'Europe est sans doute une très bonne solution, si ce n'est que je la juge pour l'instant irréaliste, et signifie accepter sans broncher les directives européennes qui générallement vont dans le sens du capitalisme actionnarial que critique Rocard, jusqu'à ce qu'éventuellement la tendance change. Le NON a encore éloigné sa solution qui me paraissait déjà éloigné. Enfin, on dit bien qu'on ne trébuche pas sur une montagne, mais sur une pierre.

Pour ce qui est de ma boutade, si je doute qu'elle soit représentative de "ce que les gens pensent de la droite", elle a en tout cas le mérite de révéler tes contradictions. "Renforcer le poids des salariés et des syndicats" tout en affirmant que c'est "une élite qui doit diriger", que "la masse par définition ne sait pas", qu'elle doit être éduqué (quel mépris), tout en ne voulant pas écouter lycéens et étudiants, dénigrant sans cesse ici tout ce qui est fonctionnaire et tous les syndicats actuels, qui par définition ont pour rôle de critiquer (ils apportent leur soutient à d'autres propositions ou font les leurs, mais sans pouvoir ce sont des paroles en l'air, et qui n'ont pu prendre part à des négociations inexistantes avant l'adoption du CPE, le dialogue se fait à double sens, le forcing aussi). Pourquoi fait-on appelle à la population lors des présidentielles alors que "par définition la masse ne sait pas" ? Pour toi la démocratie c'est "écouter" le peuple, lui dire qu'il a forcemment tort si pas d'accord avec ceux qui décident, puis prendre des décisions sans son avis ?
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